Quel genre de personne espérez-vous que votre enfant devienne à l’âge de 25 ans ? Une personne qui réussit, peut-être. Gentille. Mature. Résiliente. Capable de gérer ses émotions et de nouer des relations saines. Imaginez maintenant que vous soyez tellement submergée par le quotidien que vous ne puissiez même pas vous concentrer sur cette question. Nous constatons que c’est le cas de nombreuses mères avec lesquelles nous travaillons en Afrique du Sud. Elles ne s’autorisent tout simplement pas à rêver de l’avenir de leurs enfants.
Des enquêtes nationales montrent qu’environ un quart des femmes enceintes déclarent manquer d’argent pour se nourrir.[1][2] Un pourcentage similaire d’enfants souffre de pauvreté alimentaire. Une malnutrition prolongée au cours des 1 000 premiers jours de la vie d’un enfant, de la conception à son deuxième anniversaire, peut entraîner un retard de croissance. La taille à l’âge de 2 ans est un indicateur déterminant du capital humain : le retard de croissance est corrélé à un risque plus élevé de maladie, de retard d’apprentissage et de revenus plus faibles plus tard dans la vie. En Afrique du Sud, le retard de croissance est une urgence nationale : plus de 40 % des enfants au cours de ces 1 000 premiers jours, entre 18 et 23 mois, souffrent d’un retard de croissance, ce qui renforce la pauvreté et les inégalités intergénérationnelles.
Scorgie, F., Blaauw, D., Dooms, T., Coovadia, A., Black, V. and Chersich, M. (2015) “I get hungry all the time”: Experiences of poverty and pregnancy in an urban healthcare setting in South Africa. Globalization and Health 11(37). DOI: https://doi.org/10.1186/s12992-015-0122-z
Smith, J. (2024) Hunger, poverty, and women: Report on households earning a living from agriculture in South Africa. HSRC Review 22(3): 2–5. Available at: https://hsrc.ac.za/news/food-security/hunger-poverty-and-women-report-on-households-earning-a-living-from-agriculture-in-south-africa/ (accessed January 2026).
En Afrique du Sud, la charge des soins repose principalement sur les mères en situation de vulnérabilité. Plus de 83 % des enfants issus des ménages aux revenus les plus faibles sont élevés par des mères célibataires, contre seulement 25 % dans les ménages aux revenus plus élevés. La loi oblige les employeurs à accorder au moins quatre mois de congé maternité, mais n’exige pas que ce congé soit rémunéré.
Les services de santé publique sont débordés. Les infirmières prénatales et postnatales doivent prendre en charge un nombre élevé de patientes et ont rarement la capacité d’offrir le temps, le soutien émotionnel et les conseils étape par étape dont les femmes enceintes et les nouvelles mères ont besoin. Il n’y a pas non plus suffisamment d’agents de santé communautaires pour offrir un accompagnement continu à tous les ménages vulnérables.
La campagne Grow Great comble cette lacune et prend en compte tous ces défis – mais nous commençons tout de même par inviter les mères à réfléchir à leurs rêves pour leurs enfants. Nous remontons ensuite à la source de ces rêves, à savoir les soins prodigués au cours des 1 000 premiers jours. Le rêve de Grow Great est celui d’une Afrique du Sud où le corps et le cerveau de chaque enfant « se développent pleinement » dès le premier jour. Notre mission, adoptée en 2018, est de réduire de moitié le retard de croissance d’ici 2030 en dotant les mères et les personnes qui s’occupent des enfants de connaissances, de relations, d’outils pratiques et de soins de santé communautaires renforcés.
La Stratégie 2030 de l’Afrique du Sud pour les programmes de développement de la petite enfance s’engage à renforcer le soutien parental, mais ne propose pas de feuille de route claire pour sa mise en œuvre [3]. Elle manque d’un plan clair pour les services destinés aux enfants de la naissance à 2 ans, se concentrant plutôt sur les services en centre pour les enfants âgés de 3 à 5 ans. Ces centres sont importants, mais la grossesse et les deux premières années le sont tout autant : une partie des investissements doit être réorientée en amont. Si d’autres pays peuvent réduire le retard de croissance, le pays qui a surmonté l’apartheid peut y parvenir lui aussi.
Department of Basic Education of the Republic of South Africa. (2023) South Africa’s 2030 Strategy for Early Childhood Development Programmes. Pretoria: National Department of Basic Education of South Africa. Available at: https://www.education.gov.za/Portals/0/Documents/Publications/ECD/2030%20ECD%20Strategy%20Summary.pdf?ver=2024-04-12-124002-990 (accessed January 2026).
Comment Flourish aide les parents dans la pratique
Aucun enfant ne peut s’épanouir si ses aidants ne vont pas bien – mais les discussions sur les 1 000 premiers jours se concentrent souvent uniquement sur l’enfant et négligent la personne qui le porte, le met au monde et s’en occupe. Nous avons choisi de cibler les mères dans notre approche de réduction du retard de croissance car, en Afrique du Sud, pour huit jeunes enfants sur dix, la mère est la principale aidante. Flourish est la branche de Grow Great dédiée au soutien parental. Nous créons des cercles en présentiel et en ligne qui rassemblent les femmes enceintes et les nouvelles mères, animés par des facilitateurs locaux formés que nous appelons « hôtes ». Depuis 2018, ces groupes ont touché plus de 54 000 mères et bébés dans des communautés marginalisées. Flourish comprend dix cours prénataux et neuf cours postnataux répartis sur dix semaines, avec un maximum de dix mères par cours.
Les séances suivent un programme structuré fondé à la fois sur des données scientifiques et sur les réalités du terrain. Nous abordons des questions pratiques telles que les vaccinations, la reconnaissance des signes de danger et les moments où il faut demander de l’aide. Nous démystifions l’alimentation, le sommeil, la santé mentale maternelle, les soins attentifs et le jeu. Nous parlons du corps et de l’esprit. Nous faisons place aux jours difficiles, et nous normalisons le fait que la mauvaise humeur, le désordre et la fatigue font partie de la maternité.
Flourish apprend aux mères à considérer le jeu comme un apprentissage sérieux : les câlins, les rires, les chansons et les jeux stimulent le cerveau pour le langage, l’attention et la joie. Nous explorons actuellement des programmes dédiés aux pères – bien que seules quelques mères assistent aux cours avec leur partenaire, nous avons constaté que les pères écoutent souvent les sessions en ligne et en apprennent tout autant. Lorsqu’ils rejoignent les cours, ils en ressortent revigorés, informés et reconnaissants.
Les réseaux entre pairs se développent naturellement : deux ans après la fin des cours, 72 % des mères restent en contact. Les groupes WhatsApp apportent du réconfort à 2 heures du matin et aident à résoudre des problèmes concrets pendant la journée, de sorte qu’une mère est rarement seule face à une question.
L’argent conditionne les soins
Notre approche est résolument pragmatique en matière d’argent. Ce qu’une mère mange pendant sa grossesse et l’allaitement ne dépend pas seulement de ses connaissances, mais aussi de ses moyens financiers. Lorsque l’argent vient à manquer, les aliments nutritifs sont remplacés par des aliments moins chers, qui rassasient mais sont pauvres en nutriments. Les finances déterminent la santé : le fait qu’une femme enceinte ait ou non les moyens de se déplacer détermine si elle prend rendez-vous pour des soins prénataux ou si elle attend que quelque chose ne va pas.
Au départ, nos animatrices facturaient 25 rands (1,22 €) par cours aux mères, soit l’équivalent d’un peu moins d’une heure de travail au salaire minimum. Cependant, nous avons modifié ce modèle après qu’une recherche participative a montré que même ces frais modiques excluaient de nombreuses mères. Lorsque nous avons trouvé les fonds nécessaires pour rémunérer directement et intégralement les animatrices, la participation a presque doublé, passant de 8 000 mères en 2023 à 17 500 en 2024.
Le stress financier a également un impact sur la santé mentale des mères, ce qui augmente le risque de retard de croissance [4]. Un soutien financier pendant la grossesse et l’allaitement améliore la santé mentale, permettant aux mères de se reposer, de manger, d’allaiter et de s’occuper de leurs enfants sans avoir à s’inquiéter du prochain repas. C’est pourquoi nous plaidons en faveur d’une allocation de soutien maternel en Afrique du Sud.
Rich, K., Engelbrecht, L., Wills, G. and Mphaphuli, E. (2025) Mitigating the Impact of intergenerational risk factors on stunting: Insights from seven of the most food insecure districts in South Africa. Maternal Child Nutrition 21(2): e13765. DOI: https://doi.org/10.1111/mcn.13765
Flourish favorise également l’entrepreneuriat chez les mères
Nous comptons actuellement 125 animatrices et visons à porter ce nombre à 625, afin d’atteindre 100 000 mères par an d’ici 2030. Les animatrices ont souvent elles-mêmes suivi les programmes Flourish. Elles sont sélectionnées pour leur empathie, leur intégrité et leur potentiel de facilitation. Elles suivent une formation de dix semaines et bénéficient d’un accompagnement continu.
Au fil des ans, nous avons formé plus de 380 animatrices, qui reflètent la diversité de l’Afrique du Sud et parlent à elles toutes les 11 langues officielles. Les compétences et la confiance qu’elles acquièrent grâce à leur formation et à leur pratique ouvrent des voies vers la mobilité sociale et le leadership, renforçant ainsi l’économie des soins. Plus de 90 animatrices ont créé leur entreprise ou ont trouvé de meilleurs emplois, dont six qui travaillent comme coachs pour Flourish, ainsi que notre responsable logistique.
Quels changements pour les familles ?
Les changements que nous observons chez les mères et les familles grâce à ce programme sont constants et encourageants. De nombreuses mères nous confient qu’elles ignoraient qu’un bébé pouvait se développer normalement en se nourrissant exclusivement de lait maternel pendant six mois. Lorsqu’elles découvrent que l’allaitement maternel est un acte de soins vital qui favorise le développement cérébral, elles diffusent largement ce message.
Une enquête menée en 2022 auprès des participantes au programme Flourish, deux ans après les cours, a révélé que presque toutes avaient allaité et que 62 % d’entre elles avaient pratiqué l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, contre une moyenne nationale de 32 %. Seuls 12 % de leurs enfants présentaient un retard de croissance à l’âge de 2 ans, contre une moyenne nationale de plus de 32 % entre 24 et 35 mois.[5][6]
National Department of Health (NDoH), Statistics South Africa (Stats SA), South African Medical Research Council (SAMRC) and ICF. (2019) South Africa Demographic and Health Survey 2016. Pretoria and Rockville, MD: NDoH, Stats SA, SAMRC and ICF. Available at: https://dhsprogram.com/pubs/pdf/FR337/FR337.pdf (accessed January 2026).
Ikapa Data. (2023) Flourish Alumni Survey, 28 January 2022. Available at: https://growgreat.co.za/wp-content/uploads/2025/11/Flourish-Endline-Report-final-copy-6.4.22.pdf (accessed January 2026).
Dans une enquête réalisée en 2024 après les cours prénataux, 91 % ont déclaré donner la priorité à leur bien-être mental en se reposant et en cherchant de l’aide, et 94 % ont déclaré donner la priorité à leur santé physique en mangeant mieux, en faisant de l’exercice et en réduisant leur consommation de tabac ou d’alcool. Les enquêtes montrent également qu’après Flourish, 92 % des mères déclarent se sentir en confiance dans leur rôle de mère, 88 % disent avoir le sentiment de pouvoir assumer leur rôle parental, et 91 % affirment avoir quelqu’un à qui parler de leur grossesse et de leurs débuts dans la maternité.
Un changement de vie qui dépasse les chiffres
Nous disons à nos mères : gardez en tête cette image de votre enfant à 25 ans – gentil, mature, résilient, joyeux. Remontez maintenant jusqu’à une mère qui allaite en toute confiance et comprend l’importance de jouer, de câliner et de chanter des chansons avec son bébé. Remontez jusqu’à une mère qui se sent soutenue pendant sa grossesse et au début de sa maternité, que ce soit par son partenaire, une grand-mère, une voisine, une agente de santé communautaire ou d’autres mères d’un groupe Flourish.
Beaucoup de femmes arrivent aux cours de Flourish en se sentant dépassées et dans le doute. Grâce à la communauté et à l’attention qu’on leur porte, elles recommencent à rêver. Flourish redonne une place à des femmes que la pauvreté et les inégalités ont rendues invisibles. Cela leur rappelle que leurs rêves comptent et que les rêves qu’elles nourrissent pour leurs enfants méritent qu’on s’y consacre.
La pauvreté ne vole pas seulement la nourriture et le confort. Elle vole la confiance, la curiosité et le sentiment que demain peut être différent. Dans nos cercles, les mères disent : « Je pensais que je devais faire ça toute seule. » Lorsque ces croyances changent, les foyers changent. Les mères se sentent vues. Les bébés sont davantage pris dans les bras. L’allaitement devient plus serein. Les partenaires commencent à s’impliquer. Le village se réveille.







