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Des petits poumons et non plus des ours polaires : le nouveau visage du changement climatique

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Photo : Avec l’aimable autorisation de Nick Otto/Singularity University

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L’image par excellence de l’ours polaire en équilibre sur une calotte glaciaire qui fond est devenue une image décalée et dépassée du changement climatique. Cette image présente le problème comme quelque chose d’étranger, qui affecte d’autres espèces ailleurs. En revanche, la pollution atmosphérique a un impact dévastateur sur la santé qui est bien plus immédiat et local. Grâce à des solutions communes tant à la pollution qu’au climat, notre santé —et en particulier celle de nos enfants— peut être le catalyseur qu’il nous faut de toute urgence pour accélérer notre transition vers la neutralité carbone.

La Fondation du Fonds d’investissement pour les enfants (CIFF) est l’une des plus grandes fondations philanthropiques soutenant des travaux ambitieux sur le changement climatique. Pour nous, l’injustice intergénérationnelle est au coeur même de la raison pour laquelle nous investissons si lourdement dans le climat, pour une philanthropie axée sur les enfants. Les impacts négatifs à long terme du changement climatique sur la santé ont clairement été identi fiés ; cela fait dix ans maintenant que The Lancet a décrit le changement climatique comme « la plus grande menace du monde pesant sur la santé au XXIème siècle ».[1]

[1]

Costello, A., Abbas, M., Allen, A., Ball, S., Bell, S., Bellamy, R. et al. (2009). Managing the health effects of climate change: Lancet et University College London Institute for Global Health Commission. The Lancet 373(9676): 1693–733.

Les liens entre la dégradation du climat et la santé —notamment la santé de nos enfants— sont aussi vastes qu’ils ne sont inquiétants. Nous savons que le dérèglement climatique entrainera une modification des caractéristiques des maladies transmissibles, réduisant ainsi à néant les efforts produits pour éradiquer des maladies mortelles, telles que le paludisme et la dengue.[2] Parallèlement, certaines des terres agricoles les plus productives risquent de devenir plus difficiles à cultiver, avec des conséqu ences inquiétantes pour la sécurité alimentaire. Les liens entre une planète plus chaude et la fréquence autant que la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes sont probants, de même que la probabilité que cela ne conduise à des déplacements de masse et des troubles. Malgré cela, les émissions mondiales de CO2 ne cessent d’augmenter.[3]

[2]

Patz, J.A., Githeko, A.K., McCarty, J.P., Hussein, S., Confalonieri, U. et de Wet, N. (2003). Climate change and infectious diseases. In: McMichael, A.J., Campbell-Lendrum, D.H., Corvalán, C.F., Ebi, K.L., Githeko, A.K., Scheraga, J.D. and Woodward, A. (eds) Climate Change and Human Health: Risks and responses. Genève : OMS.

[3]

Harvey, C. (2018). CO2 emissions reached an all-time high in 2018. Scientific American E&E News. Disponible sur : https://www.scientificamerican.com/article/co2-emissions-reached-an-all-time-high-in-2018/ (consulté en février 2019).

Pourquoi associer le dérèglement climatique et la santé des enfants à l’air toxique est logique

Nous ne parvenons pas à lutter collectivement contre le changement climatique, mais le traitement de la pollution atmosphérique peut nous aider à changer la situation. Les raisons de cet échec collectif sont complexes, mais cela tient en partie à la psychologie humaine. Le risque du changement climatique peut sembler trop grand pour une seule personne, trop long pour que cela puisse paraitre un problème réel pour nous, aujourd’hui. Maintenant, comparons cela à la pollution atmosphérique. Il n’y a rien de plus proximal que l’air toxique : il pénètre dans nos poumons, nous pique les yeux et nous fait siffler.

Certains des effets, tels que la transformation du cancer du poumon de maladie de fumeur en maladie urbaine, peuvent mettre des années à se manifester. D’autres peuvent être beaucoup plus immédiats, nuisant à la santé dès aujourd’hui.

Ce cas est tragiquement illustré par le décès d’Ella Kisse-Debrah, âgée de 9 ans, après une crise d’asthme mortelle survenue au cours d’une période de pollution atmosphérique d’une intensité extrême. Ella vivait à moins de 25 mètres de l’une des routes les plus polluées de Londres. Elle a été hospitalisée à 27 reprises sur une période de trois ans pour des difficultés respiratoires : chacune de ses hospitalisations correspondaient, sauf une, à des pics de pollution atmosphérique. Comme pour le dérèglement climatique, les enfants comme Ella sont les plus exposés à la pollution atmosphérique, notamment les plus jeunes, dont le cerveau et les poumons se développent le plus rapidement.

Heureusement, les sources de pollution atmosphérique sont aussi très souvent les sources de gaz à effet de serre : transports, électricité et industries lourdes. La production d’énergie —principal facteur d’émission de gaz à effet de serre résultant de la combustion de combustibles fossiles— est responsable de 85% de la pollution par particules en suspension dans l’air et de presque 100% des émissions d’oxyde de soufre et d’oxyde d’azote[4]

[4]

International Energy Agency. (2016). Energy and Air Pollution. Paris: IEA.

Les solutions au climat et à la pollution atmosphérique sont donc souvent les mêmes. En nous attaquant à l’un des problèmes, nous pouvons affronter les deux. Au CIFF, nous établissons des partenariats pour que soient associées les questions de la santé des enfants et de l’environnement. Nous visualisons d’ores et d´jà à quel point des communautés juxtaposées d’universitaires, de militants et de décideurs politiques peuvent accélérer les changements positifs.

L’impact dévastateur de la pollution de l’air sur les enfants pas suffisamment pris en compte

Les lecteurs d’Early Childhood Matters en seront très conscients, la petite enfance jette les bases de la vie future, influant sur l’apprent issage, les revenus et le bonheur. Malgré les preuves irréfutables, les donateurs et les gouvernements du monde entier continuent néanmoins à négliger la santé des bébés et des tout-petits.

L’impact de la pollution de l’air sur la santé commence dès la conception. Les toxines inhalées par la mère traversent le placenta et nuisent au développement du foetus.[5] Les dégâts se poursuivent ensuite après la naissance : les jeunes poumons respirent deux à trois fois plus vite que les adultes et sont souvent plus proches du sol, là où la pollution atmosphérique est la plus concentrée.[6] Les effets néfastes sur la santé vont des troubles neuro-développementaux à l’asthme et aux cancers chez l’enfant.

[5]

Fleischer, N.L., Merialdi, M., van Donkelaar, A., Vadillo-Ortega, F., Martin, R.V. Betran, A.P. et Souza, J.P. (2014). Outdoor air pollution, preterm birth and low birth weight: analysis of the World Health Organization Global Survey on Maternal and Perinatal Health. Environmental Health Perspectives 122(4): 425–430.

[6]

Sharma, A. et Kumar, P. (2018). A review of factors surrounding the air exposure to in-pram babies and mitigation strategies. Environment International 120: 262–78.

La dernière étude en date de l’Organisation mondiale de la santé[7] sur les liens entre la pollution de l’air et la santé des enfants (résumée aux pages 138 à 141 du présent numéro de Early Childhood Matters) donne lieu à une lecture déprimante : par exemple, la pollution de l’air est impliquée dans presque un décès sur dix chez les enfants de moins de 5 ans et 98% des enfants de moins de 5 ans dans les pays à revenus faibles et intermédiaires respire des niveaux de PM2.5 supérieurs aux normes de l’OMS. Comme l’a déclaré le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus : « L’air pollué empoisonne des millions d’enfants et ruine leurs vies. C’est inexcusable. »

[7]

Organisation mondiale de la santé. (2018). Air Pollution and Child Health: Prescribing clean air. Genève : OMS.

À l’instar du changement climatique, la pollution de l’air est une question qui ne fait toujours pas l’objet d’une attention suffisante —même s’il est encourageant de constater que María Fernanda Espinosa en a fait une question essentielle à l’Assemblée générale des Nations unies (voir son article). La santé environnementale est souvent considérée comme une sous-spécialité plutôt que comme un élément essentiel de la santé publique des enfants. Les discussions critiques sur la politique des transports et sur l’urbanisme se déroulent en grande partie sans expertise ni contributions en matière de santé. Ce n’est donc que très récemment que la question a pris l’importance qu’elle mérite.

La santé des enfants montre un nouveau visage et apporte de nouvelles ressources pour la lutte contre le changement climatique

La proximité physique et l’urgence visible de la pollution atmosphérique contribuent à attirer l’attention et à créer un terrain d’entente sur lequel nous pouvons tous nous mettre d’accord. Après tout, qui ne s’inquiète pas de la montée de l’asthme chez les enfants des villes[8], ou de l’air toxique qui force parfois les écoles de New Delhi à fermer ? Il y a là une possibilité de faire basculer le débat entre l’opportunité d’agir et la manière d’agir. Parallèlement, la santé des enfants apporte de nouvelles voix d’autorité au débat, incluant médecins, parents influents et engagés et une nouvelle communauté d’universitaires.

[8]

Asthma UK. (2018, online). Asthma deaths in England and Wales are the highest this century. Disponible sur : https://www.asthma.org.uk/about/media/news/statement-asthmadeaths-in-england-and-wales-are-the-highestthis-century/ (consulté en février 2019).

En outre, les mouvements d’activistes, forts et en plein essor, qui ont contribué à façonner le débat sur le climat, ont beaucoup à apporter à la communauté de la santé publique, qui se montre parfois trop technique et trop prudente. À cela s’ajoute l’application de différents outils, tels que les contentieux, la cartographie du pouvoir, l’analyse de l’économie politique et les communications stratégiques qui, sinon nouvelles, sont sans nul doute sousutilisés en matière de santé publique.

Nous espérons que le fait de souligner le chevauchement existant entre la santé de nos enfants et le dérèglement climatique à long terme peut permettre de dégager des ressources plus importantes, notamment issues de la philanthropie.

Avec le Fonds pour un air pur, nous espérons forger des allégeances plus fortes avec différents donateurs pour accélérer les actions.

Le changement climatique est depuis beaucoup trop longtemps au bas de la liste des priorités des philanthropes. On estime que moins de 2% des fonds de philanthropie des fondations américaines et britanniques sont consacrés au changement climatique[9], alors que la santé est indéniablement une priorité accrue pour la philanthropie traditionnelle. En clarifiant les liens entre le changement climatique et la santé —à commencer par la pollution de l’air—, nous espérons pouvoir engager de nouveaux donateurs sur les risques environnementaux afin de parvenir à une amélioration positive de la santé et à une décarbonisation accélérée.

[9]

Alliance Magazine. (2016). Foundation spending on climate change. Alliance Magazine 21(2). Disponible sur : https://www.alliancemagazine.org/feature/foundation-spending-on-climatechange/ (consulté en février 2019).

Le CIFF soutient donc le Fonds pour un air pur, un nouveau fonds philanthropique de transformation qui a levé 100 millions de dollars pour la lutte contre la pollution de l’air au profit de nos enfants, de notre santé et du climat dans le monde (voir encadré). Nous espérons forger des allégeances plus fortes avec différents donateurs pour accélérer les actions et voir un réel changement à court terme.

La communauté de la santé des enfants doit agir face à la menace très réelle et actuelle que la pollution de l’air et le climat représente pour la santé des enfants. Nous pouvons en faire beaucoup plus : nous pouvons encourager une plus grande prise de conscience de la pollution de l’air dans notre planification urbaine. Nous pouvons soutenir des institutions telles que l’OMS qui déploient des efforts considérables pour lutter contre les déterminants climatiques et environnementaux de la santé. Nous pouvons utiliser la voix de nos enfants pour relever les ambitions par le biais des canaux climatiques existants, tels que les conférences mondiales de la COP. Nous pouvons également travailler à l’échelle locale : avec les parents, les écoles, les crèches et les enfants pour sensibiliser et motiver des actions plus fortes au sein des communautés.

Nos enfants ne nous pardonneront pas si nous ne parvenons pas à endiguer la dégradation du climat. Si la crise planétaire imminente, si difficile à imaginer, se concrétise, ils auront raison de ne pas nous pardonner. Empoisonner nos bébés et nos tout-petits en traitant l’air que nous respirons comme un égout à ciel ouvert est tout aussi impardonnable. Le problème de la pollution atmosphérique toxique peut inspirer des mesures qui n’ont pas été prises jusqu’à présent face à la menace du dérèglement climatique. Les solutions à ces deux problèmes se chevauchent en grande partie, raison pour laquelle nous devons remplacer l’ours polaire —le visage traditionnel du changement climatique— par le visage d’un enfant.


Le Fonds pour un air pur

Les fondations dédiées aux enfants, à la santé et au changement climatique travaillent conjointement à l’établissement d’une initiative commune appelée Clean Air Fund (Fonds pour un air pur) pour s’attaquer au besoin urgent de mener des actions collectives de plus grande envergure. En combattant ensemble la pollution de l’air, des améliorations significatives sont à portée de main à court terme pour la santé humaine et pour accélérer la décarbonisation.

Le Fonds pour un air pur mettra en commun et déploiera les ressources philanthropiques pour :

    • Subventionner des projets caritatifs, déployer des capitaux philanthropiques et soutenir le déploiement de capitaux provenant d’autres sources (comme les agences de développement, par exemple).
    • Augmenter l’ampleur des financements actuellement consacrés à cette question, en associant les ressources de donateurs intéressés par le changement climatique, l’environnement et la santé.
    • Assurer une approche globale par le biais de l’intégration des expertises issues de différents secteurs, du partage des meilleures pratiques et de la connexion entre partenaires.
    • Mener une stratégie philanthropique collective pour veiller à ce que les interventions soient effectuées là où le financement philanthropique peut avoir le plus d’impact, pour aligner les ressources sur d’autres programmes et pour réduire le double emploi.

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